Journal d’une expatriée en Espagne : Et nous ne nous quitterons jamais plus (Part 2)

Aleksey et « Lawuela » dans la maison familiale, Totana.

Vous avez été nombreux à m’écrire à propos de la première partie de cet article (cliquez ici), qui n’est rien d’autre que mon journal d’expatriée en Espagne. J’ai été très touchée que cette tranche de vie vous ai autant plue, qu’elle ai fait écho, à quelque chose, à l’intérieur de vous. J’ai décidé de publié la suite très attendue, de cet extrait de mon journal. Un hommage de plus, à cette dame si humble, « Lawuela » qui restera à jamais dans mon coeur.

Cet appel téléphonique depuis l’Espagne

Nous sommes le jour de l’Ascenscion de la vierge. Je suis sur la terrasse, quelque part dans mon Vaucluse natal. Le téléphone sonne. Mon père répond et parle en espagnol. Je vois son visage immuable s’animer curieusement. Il a la voix qui vrille un instant.
Lawuela s’en est allée. On l’enterra demain. Tout vas très vite. Mon père pose ses jours de congés, je fais ma valise, du moins, je la complète. En fait, j’étais censée prendre le bus le 17 juillet. Mon amie Amy, devait quant à elle, arriver le 18 juillet. En apprenant la nouvelle, elle décida d’écourter son séjour à Barcelone, et de nous rejoindre directement à Totana.

Nous avons roulé toute la nuit, mon père et moi, en silence. Je n’avais cette fois y, pas la joie habituelle de passer la frontière, je n’allumais pas la radio pour me réjouir un peu plus d’être en Espagne. J’avais du vague à l’âme, une absence de larmes. Vous savez, c’est de cette retenue, ne dit-on fier comme un hidalgo ? Ni mon père, ni moi. Deux individus, monolithiques, imperturbables, assis sur ces sièges auto.
Tôt le matin nous étions à Totana et incapables de dormir. J’ai réussi à me reposer un peu, en allant m’allonger dans l’une des chambres de la maison familiale.

La famille est réunie en ces moments

Je me souviens m’être levée en ayant un soucis majeur dans mes pensées : il fallait que je me fasse belle, car Lawuela adorait me voir coquette. Comme Lawuela aimait me voir humble et simple, dans ma tenue de pénitent, pendant la Semaine Sainte, portant sur mon épaule la Vierge des 7 Douleurs. J’enfilais, une grande robe noire, qui dissimulait mes mollets, mon cou, mes épaules. Je nouais, un foulard noir et rouge sur ma tête. Je soulignais de rouge, ma bouche, poudrait de noir mes yeux, y ajoutait du ricil. Un bracelet discret au poignet. Des talons hauts, strict et noirs. Mon père me regarda, pensif, un tantinet ému. Mon grand-père, seulement disait « Je n’ai plus d’épouse ». Il semblait, avoir de la peine. Le Don Juan des Vidal, ne versait pas une larme, il constatait juste que la mort de sa femme, l’approchait lui même de la fin, le laissant avec des regrets.

Il me dira, des mois plus tard, qu’il aurait du écouter l’abuela et ne jamais quitter la France pour l’Espagne. Lawuela, ne voulait pas rentrer dans son pays. Elle avait déclaré que sa place était dans son pays d’accueil, auprès de son fils ainé, et de moi même, sa petite fille préférée.
Nous sommes alors allés au thanatorium, mais on me déconseillais d’aller voir la awuela, il parait, qu’elle n’étais pas joliment partie, qu’elle n’avait pas été assez bien préparée. Ce qui déplaisait à ma famille. Lawuela, si elle pouvait se voir ainsi, ne devait donc pas être très ravie qu’on la voit pas suffisamment bien arrangée.

Alors chacun, venait m’apporter le pesame, et je gardais un oeil rivé sur mon portable. Je devais aller chercher Amy qui allait arriver à la gare. L’internet de son portable fonctionnait épisodiquement. Mon père, effaré, disait que nous ne serions jamais à l’heure. Parfois, il ne connait pas sa propre fille.

Et une amie, dans ma peine

Je suis revenue avec Amy, devant les yeux ronds de mon père qui ne parvenait pas à comprendre comment elle et moi avions su contraindre, ce qui ne se contraint pas, soit le temps.
Lawuela l’aurait adorée, Amy, parce qu’elle est si jolie, avec un visage minutieux et des joues de poupée. Elle la trouvait très belle, et Amy, aurait été temporairement, une petite fille supplémentaire à gâter. Le cercueil fut fermé et nous sommes sortit du thanatorium. À Totana, on balade nos défunts jusque dans l’église. Autrefois, cette pratique se faisait le cercueil ouvert. L’un des témoignages de ce rite n’est rien d’autre qu’une lettre de Christian Andersen, qui avait passé un séjour dans la région de Murcie. Après s’être réjouis du bas prix d’un bon menu, il était resté sidéré devant le cercueil ouvert d’une jolie jeune fille que l’on portait, au travers de la rue.

Partir le jour de la Vierge

J’ai suivi le cortège, les yeux cachés par les grandes lunettes de Lawuela. J’étais perplexe : Lawuela avait opté pour un cercueil assez discret. J’étais affligée, par ce Christ ostentatoire et sans croix, en plastique, posée au dessus. Il avait, quelque chose de kitsch, sans rentrer dans le vulgaire. Disons qu’il était très bling-bling ce Jésus qui semblait léviter sur le bois, c’est bête, mais cela m’a faîtes sourire, ça lui ressemblait bien. Incliné dans l’église, le cercueil était sous le regard de Santiago el Mayor, et l’église, quand même remplie, se remplissait de personnes que je n’avais jamais vu, et que je n’ai jamais revu.

Lawuela avait là, toute son assemblée, je ne pleurai pas, non, elle est partie le jour de l’ascenscion de la Vierge pour qui elle avait une grande ferveur. C’était donc pour elle, le jour parfait pour s’en aller, ailleurs. Je ne sais pas où vont les gens qui meurt, ce dont je suis certaine, c’est qu’ils restent parmi nous, et pas que dans nos coeurs. En Espagne, l’approche de la mort est clairement distincte que celle que l’on a en France. Ici, on trouve la mort normale, on ne semble pas tellement angoissés.

Les belles croix blanches

Le cimetière de Totana à des tombes de marbres tellements blanches qu’on les croiraient brossées tout les jours. Le soleil, à même pas midi, semblait donner un aura à toutes ces belles croix blanches. C’était beau, c’était calme. C’était bien pour elle (…)

Alors qu’elle avait rejoint la tombe, au silence, avec son père, sa mère, sa soeur, elle semblait toujours là dans la maison, il y avait ses affaires, son parfum, comme des traces de son passage. Elle aurait pu apparaitre n’importe où n’importe comment, rien n’eu été étonnant.
La présence d’Amy, était bénéfique à mon père et mes oncles. Enchanteresse, elle savait endormir avec sa grâce, son intelligence, chaque peine. J’aimais déjà beaucoup Amy avant cet épisode et je l’aime encore plus depuis. Elle a su mettre de la joie, apporter le bonheur si bien qu’on s’est quand même posé la question à son propos : est ce que c’est bien une femme, et non un ange ?

Toutes les deux, nous avons trié les affaires de Lawuela. Dans les moindres recoins de la maison, elle avait caché des trucs. Je récupérais, ma part de l’héritage, soit ses objets personnels. Dans le reste, je laissais à Amy le loisir de choisir des choses pour elle, c’est ce que Lawuela aurait voulu. En vidant toutes les poches, nous avons trouvé des photos de la Vierge, de Santa Eulalia, mais aussi de moi, et plein de petites monnaies, que l’on m’as dit de garder.
Nous sommes alors sorties un soir toutes les deux, et nous avons, pour quasi 7 euros de petites pièces de Lawuela (en excluant les pesetas et quelques duro) bu une bière chacune et pris quelques tapas, en l’honneur de Lawuela !

Le pélerinage

Bien sûr, bien sûr, que je suis allée, lorsqu’Amy est retournée en France, là où Lawuela aurait voulu que j’aille.
J’ai monté la montagne à pied, en priant pour elle, quasi trois heures de route en plein Été, mais il faut savoir être fidèle aux volontés, et faire plaisir, à ce que nous ne voyons pas.
Lorsque je suis arrivée au sanctuaire de Santa Eulalia, que je suis rentrée dans la chapelle et que je me suis signée, le gardien, me regardait d’une drôle de façon. Je suis allée au pied de la Sainte pour prier, et je suis allée dans la crypte laisser quelque chose en l’honneur de ma grand mère.

La boucle était bouclée. Le sacristain à vu mon énorme sac à dos. Je lui explique, que j’y ai mon appareil photo. Il se propose de lui même, de me photographier. Je suis émue, je règle mal mon appareil analogique, j’ai même oublié quel pellicule j’ai dedans, c’est dire. Alors qu’il a mon Hasselblad entre les mains, je suis invitée à rentrer dans le choeur de la chapelle. « Claps » Une photo. « Claps » deux photos.

Dans le plus incroyable, que cela puisse paraître, il m’a fait une proposition : celle de jouer de l’orgue. L’orgue que personne n’a le droit de toucher, farouchement défendue. Je me suis assise, j’ai posé les mains sur le clavier. J’ai souris, je crois. J’ai hérité de beaucoup de choses de l’Espagne, c’est certain, c’est très clair. Hors, j’ai hérité aussi de l’Allemagne, ce goût pour la musique, l’art d’aimer se torturer pour la beauté et la philosophie. De la Russie, j’ai entre autre dans mon sang, cette prédisposition à la Mélancolie. De celle qui est belle, de celle qui sait avec art et façon, rompre son coeur.

« Mais je ne sais pas jouer. »

Je suis dyspraxique. Jouer d’un clavier me demande, énormément, d’effort. Ce n’est pas impossible, mais je n’ai pas de clavier pour apprendre et de la musique, je sais apprécier la musique.
J’ai promis un Ave Maria, celui de Schubert parce qu’il me fait pleurer tant il est beau. Parce que ça aurait plu à Lawuela. Le Sacristain, était d’accord. Il m’a dit que je pourrai revenir jouer de l’Orgue. Je profitais de faire quelques notes, honorée d’un si beau cadeau.

Et nous ne nous quitterons jamais plus.

Je ne verrai jamais plus Lawuela. On m’offrait, dans toute la fatalité que cela comportait, un magnifique instrument dont je ne savais jouer. Je resterai avec des souvenirs figés dans le temps et qui n’auront jamais plus lieux.
Je n’avais pas verser de larmes pour Lawuela. Mais devant l’orgue, j’ai senti tout en moi s’étriquer.
Il était temps que cela arrive et cela arrivait, sans s’arrêter, dans le silence qui sursautait aux chants réguliers des oiseaux :

Je pleurais.

Voila le résultat, en photo… C’est bien loin d’être une bonne photo, mais ce n’est pas grave. Je la juge importante.

Depuis 2016, j’attend de rencontrer quelqu’un, quelqu’un qui s’assiera à ma place à l’Orgue. Je poserai, mes mains sur ses épaules et il jouera L’Ave Maria. Ce sera, comme si c’était qui y jouerai. Et si c’était vous ?

Je ne vais jamais sur la tombe de ma grand-mère. J’ai trouvé, une façon de lui rendre hommage, elle qui souhaitait, rester auprès de moi. Depuis fin 2017, je vie en Espagne, sur la terre, qui à vu naitre ma grand-mère. De cette façon, je sais que je suis auprès d’elle, et que nous ne nous quitterons jamais plus.

Merci pour votre lecture !


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1 réflexion au sujet de « Journal d’une expatriée en Espagne : Et nous ne nous quitterons jamais plus (Part 2) »

  1. Deuxième partie triste et émouvante. Quel tristesse dans ce texte et te connaissant un peu, tu es restée très fier et digne comme une espagnole. Et quel plus beau moment pour elle (même si cela ne l’ai pas) de quitter le monde le jour de l’ascension de la Vierge. De toute façon, je suis comme toi, je me sais que les personnes décédées et que nous aimons, ne sont pas que dans notre coeur mais toujours avec nous, autour de nous. J’ai cette sensation depuis la mort de mes parents et je crois les entendre de temps en temps. Merci de nous avoir fait partager ce triste moment même si cela c’est passé il y a quelques année.

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